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DOMINIQUE MULHEM

 

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SCARIFICATIONS

Dominique Mulhem développe une suite de concepts étonnants, suite, analyse, actualisation, revisitation aucun de ces termes n'est faux mais aucun n'est vrai, le choix le plus approprié serait réflexion. Réflexion comme retour sur la pensée  afin d'examiner plus à fond puis  Réflexion comme une réfraction pour franchir une autre vitesse de propagation de  l'histoire de l'art . Il soumet l'œuvre d'art à un infini déplacement dans l'espace et le temps. Dans les années 80 ses Portraits d'Artistes projetaient peintres et sculpteurs entre passé et futur offrant par les hologrammes une vision tridimensionnelle.  Dans les années 90 de son musée imaginaire , Pierre Restany écrivait: " Des créatures de rêve devant une peinture de rêve ! devant ! c'est plutôt "Dans" que je devrais dire, car mon oeil s'est avéré incapable de faire la part des choses, d'effacer cette vision simultanée, d'en séparer les deux éléments".Dans les années 2000 Les Zones, voyages intemporels dans les mots et les phrases du poème de Guillaume Apollinaire. Chaque décennie Mulhem nous fait partager sa vision du monde. Aujourd'hui  ses scarifications nous interpellent sur différentes caractéristiques de notre société face à la culture standardisée en objet de grande consommation. Entre nos désirs secrets de mutilation du regard sur l'œuvre et la scarification sociale qu'elle soit ethnique, tribale ou post moderne, ces incisions sur la peau de la toile signifient une appartenance révélée au monde le l'art en ouvrant un nouvel espace, une aération pour un besoin de respirer à nouveau. Toute l'oeuvre de Mulhem a le même fil conducteur: le concept de la vision simultanée.

Valérie Salva de Villanueva

 

ZONES CREPUSCULAIRES

Mulhem promène son regard sur la société qui nous entoure, et restitue comme il le ressent le reflet d'un monde pixélisé sur fond de paillettes. Ce n'est ni une critique, ni une allégorie, seulement un plaisir sensuel de peindre et de partager des émotions.

Son travail a une approche technique et sensorielle. La technique est un pointillisme moderne il peint des accumulations des petites formes qui par l'aspect, la dimension et la couleur révèlent des portraits, des corps, des objets ou des scènes. Il trompe l'oeil et surtout l'esprit. Dans son texte 'Le regard du dedans' Pierre Restany dit de Mulhem, 'si il nous prend au piège c'est pour nous aider à mieux voir au dedans et du dedans'. Ces différentes lectures de loin, de près ou de côté, créent une interactivité entre l'artiste, l'oeuvre et le spectateur. Nous sommes dans un monde en mouvement et Mulhem nous invite à une autre forme de création, celle du regard participant.

La forme de son travail est proche du pointillisme. Cette technique est née en France sous l'impulsion de Georges Seurat puis de Paul Signac, avec notamment La Baignade à Asnières. Dominique Mulhem y a vécu dans son enfance, au bord de la Seine à côté du pont de chemin de fer. Il a joué dans ce périmètre peint par Renoir, Bernard, Monet, Van Gogh, Signac et a été comme ces enfants au bord de la Seine peints par Seurat. Lorsqu'il a commencé à dessiner, c'était ces mêmes lieux qu'il représentait. Son travail reprend par sa forme la technique impressionniste du pointillisme et par son contenu l'esprit du Pop Art et des nouveaux réalistes et si ses accumulations de points rappellent des galets positionnés dans la structure méditative des jardins Zen ce n'est pas un hasard, Mulhem prend le temps de voir, d'écouter, de comprendre et d'apprécier.

Le crépuscule est divisé en deux parties: l'une qui suit le coucher du Soleil et l'autre qui précède son lever. Les Twilight Zones ou Zones crépusculaires sont une pensée positive aux jours sans grande importance de l'histoire humaine et des histoires personnelles. Dans les Zones Espace/Temps, Mulhem est à contre-courant de toutes les pensées. Ses superpositions d'images qui ont pour lui une forte homologie, conduisent à penser différemment les événements et les histoires. Il est là, anti-surréaliste cherchant une analogie plutôt qu'un antagonisme. Dans les Zones Espace/ Désir, Espace/Espace, Espace/Lien, Espace/Contenu … il explore d'autres univers, les corps qui deviennent paysages, les objets de la mythologie quotidienne et les rapports avec le désir et le plaisir de regarder. Le monde n'est plus vu de façon binaire mais dans une projection en quatre dimensions.

Pour demeurer constant dans un monde en permanente mutation, Mulhem suit une idée dominante, celle de nous emmener au plus près de la beauté des choses, dans une recherche esthétique en perpétuelle évolution. Au moment où l'art devient en retard sur le monde, Mulhem le devance par ses inventions picturales.

Valérie Salva de Villanueva
Paris, le 7 novembre 2008

 

LE REGARD DU DEDANS

"J'ai remplacé mon carnet de croquis par la documentation photographique, mes pinceaux par l'aérographe et mon burin par le rayon laser...". Dominique MULHEM expose clairement son programme. Il demande à la technologie d'apporter à sa peinture le supplément d'âme qui est la marque de son désir et de son ambition. La vérité de son art réside dans le dualisme de sa vision: voyant et voyeur, lorsque MULHEM voit l'art, l'art des autres, le grand art du présent et du passé, il éprouve en même temps la sensation aiguë de participer au grand regard collectif qu'une époque porte aussi bien sur sa condition actuelle que sur l'histoire de son passé. S'il a recours à l'holographie, c'est pour restituer à sa peinture l'épaisseur, la profondeur tangible de la mémoire.

J'avais vu à la Galerie Eterso l'an dernier une exposition dédiée aux "Nouveaux Réalistes" et j'avais remarqué ce "regard du dedans" qu'évoquaient les holopeintures de Mulhem. J'ai eu envie de revoir l'artiste et je suis allé il y a deux mois lui rendre visite en compagnie de Jacques Lambert. Je me suis trouvé dans un atelier de la banlieue parisienne, surchargé de ses oeuvres, d'un laser bricolé ad hoc, de sa présence.

Voilà son laboratoire mental, l'usine de ses songes, l'atelier où se condense en images dualistes l'intensité intérieure du regard, je m'attendais à ne voir que des holopeintures, c'est de la peinture à la puissance 2 qui m'a été montrée. J'ai assisté à une véritable visite de musée, à la parfaite reproduction d'oeuvres de grands maîtres, devant lesquelles de jolies filles agréablement dévêtues prenaient une pose avantageuse. Des créatures de rêve devant une peinture de rêve ! devant ! c'est plutôt "Dans" que je devrais dire, car mon oeil s'est avéré incapable de faire la part des choses, d'effacer cette vision simultanée, d'en séparer les deux éléments.

C'est sans doute ainsi que fonctionne le cerveau de MULHEM, et c'est ainsi que fonctionne notre mémoire visuelle dans les galeries ou les musées. Cet homme discret et secret sait ce qu'il veut, ce bricoleur génial est plein de son sujet, qui est de nous donner à voir la peinture qu'il aime et la peinture qu'il fait sous le même angle optique de la simultanéité. Si MULHEM nous prend au piège. c'est pour nous aider à mieux voir au dedans, et du dedans. Voilà ce que j'appellerais une leçon de peinture, et qui nous est donnée en douceur, sans abusive prétention. Une leçon dont je tire profit, si le regard de MULHEM semble parfois distrait, c'es qu'il est au-delà des apparences superficielles, un peu plus loin d'elles et un peu plus près de la vérité de l'art.

Regardez ces oeuvres à deux fois, elles en valent la peine, et attention, cette hygiène de l'oeil dans le "regard du dedans" risque de nous mener loin, dans la profondeur du rêve éveillé.

Pierre RESTANY

Milan, le 18 mai 1993

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